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Comment avez-vous vécu 2020 ? Qu’espérez-vous de 2021 ? / En réponse à Jazz Magazine2021-02-01

Printemps 2020. Au-delà de la sidération pour tous, et de la douleur certaine pour certains, il y eut donc aussi une nouvelle matière à penser, qui notamment prenait au mot ceux qui comme moi se plaisaient volontiers à considérer jusqu’alors la lenteur comme source de liberté.

Elle avait pourtant de curieuses couleurs cette lenteur contrainte, des couleurs d’angoisses ancestrales, de menace proche, de réexamen plus radical encore de la question des limites… et inévitablement celles d’un bruit relancé du monde numérique, qui s’ingéniait à prendre frénétiquement le relai de celui habituel des villes. Lequel bruit ne tardait pas à déverser ses flots de certitudes, qui pour nier la réalité de la menace, qui pour désigner des responsables/coupables, qui pour transformer l’immobilité physique en opportunité numérique, l’image animée poursuivant son travail de sape sur la raison, comme, incidemment, sur la musique.

C’était probablement à tout ça qu’il fallait résister, quoi qu’il en coûtât donc.

Les seules certitudes dont je me sentais saisi à ce stade étaient de protéger mes proches, de maintenir des liens familiaux, amicaux, musicaux, pédagogiques… et, vraiment, de trouver l’énergie pour garder le contact avec mon piano.

Quelques mois plus tard, au milieu d’un deuxième coup d’arrêt aux allures d’oxymore (moins contraignant, plus dur à vivre), à l’aube de quelques perspectives enfin ouvertes par le mariage de la science et du capital, l’on se prend à de nouveau espérer une mondialisation (au moins un peu) plus vertueuse, une agora numérique (au moins un peu) plus ouverte au principe d’incertitude, et une musique qui se distingue (au moins un peu) du bruit, du concept et de l’image.

Espérer, c’est certainement aussi tenter d’y contribuer. Mais sale temps, quand même...